Il appuya son corps à la potence, il fuma son cigarette, avec les yeux à moitié fermés, et il regarda le ciel tout en secouant la tête avec désenchantement. -Encore ! Punaise !
Puis il inclina un peu la tête vers la porte du ranch pour crier :
-Eulalia ! Eulalia !
Apporte-moi mon poncho et dit Bernardo de venir aussi !
Peu après on entendit la femme criant :
-Bernardo ! Bernardo ! -Quoi ?
répondit-on de loin
-Venez !
Vous n’entendez pas ?
Ensuite le silence céda le passage à un beau garçon au visage rougeâtre, avec des cheveux rebelles qui tombaient en mèches sur son front, portant des espadrilles crasseuses et habillé d’un pantalon grossier atteignant à peine un peu après les genoux.
Dans sa main il portait le poncho, qu’il passa à son père tout en demandant :
-Qu’est-ce que vous voulez donc ?
-En fait –il a dit à moitié endormi- il va grêler, il va grêler et les patates vont se gâcher.
Le beau garçon vit dans le ciel les mêmes présages vus par le père.
Que la grêle venait avec ses grosses boules brûler les semis et ensuite ils n’auraient plus rien.
Que le lendemain le vieux errerait comme un fou en se tirant les cheveux ; et que la vieille deviendrait à son tour tarée, en allumant des bougies à tout saint sur lequel elle tomberait.