Le mot-clé de « nature » traverse toutes les œuvres de Jean-Jacques Rousseau.
Il peut référer au monde physique, de la botanique à la campagne verdoyante.
En outre, il peut référer à l’homme.
Dans ce cas, il signifie une disposition, une transparence originelle de l’homme innée, que Rousseau appelle la voix de la nature ou la conscience morale.
Il oppose cette valeur au concept de culture en tant que la société, les institutions, les lois, les arts et les technologies qui, selon le philosophe, dénaturent la nature originelle de l’homme.
Une grande partie de ses œuvres cherche les conditions de la restauration de cette nature vraie et bonne à l’origine.
Dans « Émile ou de l’éducation », Rousseau propose l’accompagnement d’un tuteur dans une découverte empirique et progressive, par l’enfant, de la nature et de sa nature.
À savoir, du son corps, de l’amour de soi, de l’amour-propre, de l’amour physique, à l’écart des médiations éducatives institutionnelles, qu’il dénonce.
Dans l’œuvre « Une vie » de Guy de Maupassant, on rencontre un baron qui est un disciple enthousiaste de Rousseau.
Il vivait à une époque où la femme était considérée comme une personne domestique, sans aucune autonomie juridique et où son destin coïncidait avec le mariage et puis avec la maternité.
Le baron s’est soumis aux règles de l’éducation de filles de cette époque-là.
Il a mis sa fille dans un lieu clos religieux, partagé avec les autres filles.
La jeune femme était soustraite à sa famille et au monde réel jusqu’au mariage, pour en sortir programmée vertueuse, bonne, droite et tendre pour son mari et ses enfants et, par défaut, « heureuse » dans la sphère domestique.
Ce qui est vraiment frappant, c’est que le baron, étant un adepte de Rousseau, a confié à un cadre institutionnel sa fille où elle est tenue à l’écart de l’évolution des idées et des savoirs.
On peut regretter que ses aspirations philosophiques, humanistes, éducatives et libérales ne l’aient pas rendu apte à les mettre en œuvre un siècle plus tard.