L’individualisme a très souvent mauvaise presse dans notre culture contemporaine.
On a tendance à lui imputer tous les maux de nos sociétés : égoïsme, communautarisme, voire déliquescence morale.
Selon le sociologue François de Singly, c’est une opinion erronée.
Dans son petit essai percutant il nous explique pourquoi.
Il soutient que l’individualisme est un fruit d’une pensée élaborée depuis la Renaissance, et que c’est un projet de société dans laquelle on doit trouver les meilleures conditions de sa réalisation et son épanouissement.
Il constate aussi que la Révolution française est par excellence une révolution de l’individualisme.
En outre, F. de Singly poursuit avec la classification de l’individualisme.
La première modernité, du XIX siècle aux années 1960, a inventé l’individualisme universaliste ou abstrait, selon lequel l’individu était libre de mener ses propres actions qu’il souhaitait à condition de respecter la liberté des autres et les normes juridiques et sociales en vigueur.
À partir des années 60, on voit apparaître un individualisme particulariste ou concret, qui valorise l’individu particulier avec ses problèmes propres.
Ce type d’individualisme met l’accent sur le caractère unique de l’individu singulier.
Cependant, la reconnaissance des uns ne peut se faire qu’à travers les autres.
Donc, le lien social est indispensable au bon fonctionnement d’une société d’individus.
De plus, il regrette, à ce terme, que l’individualisme est réduit à des comportements égoïstes, arrivistes, laxistes ou transgressifs.
Mais il pense qu’un horizon optimiste de l’individualisme pourrait neutraliser les comportements négatifs, si l’individu corrige sa tendance au désintérêt au projet collectif, corollaire de son intérêt personnel.
En outre, d’après le sociologue, l’état via la politique et l’éducation devrait convaincre l’individu à participer à la mobilisation collective, qui œuvrerait à sa réalisation personnelle.
De surcroît, le sentiment que l’état et les institutions abstraites agissent à notre place, grâce à notre délégation de pouvoir, nous laisse trop souvent en tête-à-tête avec notre désabusement, qui ressemble à notre égoïsme.